À la tête de l’association Nature is the Key, Juliette Irish œuvre chaque jour pour les habitants de Sandy Ground.
Sa devise, “Dans le quartier, pour le quartier”, résume l’esprit du lieu: enfants, animateurs et fondateurs viennent tous du quartier et partagent la même volonté d’agir.
C’est sur le terrain familial que Juliette nous accueille, entre la maison de sa mère et celle de son frère. Son rez-de-chaussée est devenu une petite école, le jardin une cour de récréation, avec, en bonus, tortues et paons. Après vingt ans dans la fonction publique hospitalière, elle devient en 2025 directrice à plein-temps de son association. Née à Sandy Ground, elle refuse de rester spectatrice des problèmes de son quartier: “On avait besoin de faire quelque chose, mais comment?”
Un projet bousculé par le confinement
Fin 2019, alors membre suppléante au conseil de quartier, Juliette décide de fonder Nature is the Key (NTK). “Je ne connaissais rien au monde associatif”, se souvient la directrice. À l’origine, l’objectif est de valoriser le Grand Îlet pour renforcer la cohésion, promouvoir le bien-être et rappeler que la nature est une richesse essentielle.
Mais en mars 2020, le confinement stoppe net ces ambitions.
Avec l’école à distance, les difficultés se révèlent. “Il fallait se connecter, imprimer, expliquer, scanner… Je me suis demandé: mais comment font les autres?”. Pour beaucoup de familles, le matériel manque, le temps aussi, et les enfants finissent par décrocher : “On ne pouvait plus parler de bien-être quand les enfants étaient en difficulté”. Pour NTK, l’accompagnement scolaire devient alors prioritaire. Dès le mois d’août 2020, avec leur premier centre de loisirs, l’équipe tente de faire rattraper le retard accumulé aux enfants par des exercices de révision.
Un lieu de solidarité au quotidien
Depuis, chaque soir en période scolaire, une trentaine d’élèves sont accueillis autour d’un goûter, avant de suivre une aide aux devoirs assurée par trois professeurs. Pendant les vacances, l’association propose également des centres de loisirs à thème. Les tarifs, calculés selon le quotient familial grâce à l’agrément “Espace de Vie Sociale” de la CAF dont bénéficie NTK, restent accessibles. “Ce que paient les familles pour un mois, c’est ce que je payais pour une heure de cours particulier pour mes enfants”, souligne Juliette, soucieuse d’offrir une solution à la fois éducative et économique.
Le matin, l’association accompagne gratuitement les habitants dans leurs démarches administratives. Elle organise aussi des “moments à soi” pour les parents, qui peuvent venir regarder un film ou échanger entre eux, pendant que les animateurs s’occupent des enfants. En 2023, soit près de trois ans après sa création, l’association devient co-gestionnaire du Grand Îlet avec la Collectivité de Saint-Martin, concrétisant ainsi son objectif initial.
Aujourd’hui, NTK est devenu tout ce qu’espérait Juliette, voire plus : un lieu de solidarité ancré dans le quotidien, porté par une conviction simple – c’est en partant du terrain que l’on peut vraiment agir. Et si, finalement, les enfants étaient la véritable clé du bien-être et de la cohésion d’un quartier? _DR