Une centaine de personnes étaient réunies jeudi 28 mai sur le site de l’ancienne habitation sucrière de Quartier d’Orléans pour commémorer le 178e anniversaire de l’abolition. Après les discours officiels, un spectacle a mis à l’honneur les talents de l’île à travers des représentations poétiques, musicales et dansantes.
« Ce lieu n’est pas un simple bâtiment, mais un témoin silencieux des douleurs, de la résistance, du courage et de la survie de notre peuple », a déclaré le président de la Collectivité, Louis Mussington. Pendant près d’un siècle, la « Old House », plus ancien édifice de Quartier d’Orléans, a été occupée par plusieurs familles propriétaires d’esclaves exploitant la canne à sucre. Citant Aimé Césaire — « un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » — il a rappelé la nécessité de transmettre cette mémoire pour « construire un futur plus solide et plus uni ».
Le préfet Cyrille Le Vély a, lui, tenu à rendre hommage aux figures du combat abolitionniste. Aux côtés de Victor Schoelcher, il a évoqué François Auguste Perrinon, premier polytechnicien métissé et fils d’une esclave affranchie, qui défendait l’idée, essentielle au combat abolitionniste, que le travail libre était plus productif que le travail servile. « Se souvenir, c’est lutter contre toutes les formes de haine », a affirmé le préfet avant de déposer, avec Louis Mussington, des gerbes de fleurs sur le site des anciens moulins.
Des hommages artistiques chargés d’émotion
Valérie Damaseau, présidente de la commission culture, a ouvert la partie artistique de la cérémonie en citant les femmes et les hommes qui ont contribué à bâtir la société saint-martinoise après l’abolition, rappelant qu’« un peuple qui connaît ses bâtisseurs est un peuple qui peut marcher avec fierté ».
Parmi les représentations, celle des élèves de Natisha Hanson était particulièrement émouvante. À travers deux tableaux chantés, ils ont bouleversé l’audience : dans le premier, des hommes captifs expliquaient en harmonie pourquoi ils préféraient la mort à l’esclavage ; dans le second, des jeunes femmes vendues sur un marché revendiquaient cette humanité qu’on leur niait. La poète Saby Soualouiga, elle, a rappelé, dans un slam poignant, comment les blessures de l’esclavage traversent les générations et qu’il faut, comme leurs ancêtres avant, choisir chaque jour la liberté : « We are not free, we are becoming free. »_DR